Kaporo Rails 2019 : déclaration de la Coordination Haalipular de Guinée

Le gouvernement guinéen vient de démontrer  encore une fois  de plus sa volonté farouche, à la veille de consultations électorales, son manque de prévision, son déficit d’anticipation et affiche  son mépris pour son Peuple ,pourtant source de son Autorité.
Concernant les derniers déguerpissements  précipités de kaporo - rails, il y’a lieu de faire un rappel  historique et indiquer la quintessence des dispositions légales et règlementaires du code foncier et domanial guinéen.

  1. Conformément aux dispositions pertinentes du décret No 212/PRG/SGG/89 modifiant et complétant le décret No 102/PRG/SGG/09 du 16 octobre 1989 portant création de réserves foncières au profil de l’Etat et autorisant l’ouverture de routes urbaines à Conakry, il a été stipulé  que  les occupants de ces zones seront déguerpis au fur et à mesure des besoins d’aménagement de la puissance publique.
    Ces occupants qui auraient mis en valeur leur fonds avant la date du 20 avril 1988, ci-dessus indiquée, ne sont déguerpis que si l’Etat s’engage à les recaser et à les indemniser de la valeur de leur réalisation sur le fonds.
  2. En effet, il y a plus de 20 ans, en 1997, 20,000 logements furent détruits par le régime de l’époque à Kaporo-Rails. Plusieurs vies humaines furent perdues et des députés de l’Assemblée nationale furent jetés en prison. A ce jour les propriétaires n’ont jamais été indemnisés. Depuis cette tragédie, aucun plan cadastral et des inspections routinières – comme c’est la pratique dans tous les pays du monde -  n’ont été mis en place pour prévenir  l’érection de bâtiments sur des zones réservées. Après la première casse au nom des domaines de l’Etat, plusieurs arrestations et condamnations avaient ete   effectuees pour dit on,  incitation à la révolte.
  3. Force est de constater que les démolitions font partie d’une stratégie de gouvernance par le chaos, la répression et la division entre l’Administration et les Administrés. A maintes reprises, Mr. Alpha Condé a fait des insinuations sur une prétendue occupation de la capitale nationale par des non-autochtones. En 2014, il déclara que les quartiers de Cosa et de Bambéto sont des ghettos qu’il voulait transformer en « zones viables ». Les récentes démolitions s’inscrivent dans cette dynamique de division ethnique et d’indexation cynique de zones urbaines occupées principalement par de paisibles citoyens qui, pour la plupart sont des peulhs  favorables à l’opposition.
    Si le gouvernement actuel  était soucieux d’une urbanisation ou de la décongestion de la capitale, il devrait commencer par encourager une occupation ordonnée de la zone de Kaporo-Rails et la compensation des propriétaires. Plus de deux décennies après les démolitions, la zone est restée inoccupée et insalubre. Quelques buildings et l’ambassade des Etats-Unis cohabitent avec des carcasses de véhicules.
  4. Pour memoire, a l’occasion de la pose de la première pierre du projet d’aménagement du Centre directionnel de Koloma  (derrière la RTG), le 4 mai 2016, le president Alpha CONDE avait  declaré, citation :

    ‘’Kaporo-Rails est une plaie ouverte qui n’est pas encore refermée (applaudissement). Il est du pouvoir du gouvernement de déguerpir des citoyens mais cela se fait dans des conditions démocratiques. C’est-à-dire dans le respect des personnes et de leurs biens. En cas de nécessité de service et d’utilité publique, on peut déguerpir des citoyens mais pas de façon sauvage comme cela a été fait à Kaporo-Rails (applaudissement). 
    Je sais qu’à cette époque, on a même traité les populations de Kaporo-Rails de bandits, de gangsters etc. Or c’était des citoyens respectables. Donc, le moment est venu de fermer cette plaie ouverte afin de réconcilier les populations de Kaporo-Rails avec l’Etat (applaudissement). 
    Nous devons distinguer ici, ceux qui ont été délogés et ceux qui ont fait des occupations sauvages. Parce que lorsqu’on a dégagé quelque part, personne ne doit occuper. Et si vous venez occuper, vous êtes dans l’illégalité. Mais qu’à cela ne tienne, comme ce sont des guinéens, et la nature a horreur du vide, ils ont occupé ce vide. 
    Donc il revient au ministre de l’urbanisme (NDLR : Louceny Camara, à l’époque), de voir dans le cadre de Kouria, comment nous pouvons aider ces jeunes qui sont venus occuper ici, parce que c’est leur gagne-pain, ce qui va leur permettre de vivre. 
    Donc, nous voulons dire à Kaporo-Rails que toute la Guinée a été peinée de ce qui s’est passé ici. Mais nous devons nous tourner vers l’avenir. 
    Ensemble, nous devons fermer cette plaie et faire en sorte que les gens de Kaporo-Rails qui ont été déguerpis soient rétablis dans leurs droits. Cela veut dire qu’ils soient correctement indemnisés parce qu’il faut que cet endroit puisse désormais servir de centre administratif et diplomatique……

    Mais il faut que l’ensemble des populations de Conakry, accepte le principe de déguerpissement pour cause d’utilité publique, afin que notre capitale change. 
    Donc, je dois présenter des excuses aux citoyens de Kaporo-Rails, parce qu’ils ont été injustement agressés. 
    Même si l’Etat avait le droit de déguerpir, il fallait respecter leur dignité et leurs droits. Nous allons faire en sorte que cette dignité et ces droits soient respectés. 
    Mais nous continuerons à déguerpir, que ça soit à Kaporo-rails ou autres, parce qu’il faut que Conakry change. 
    Mais on ne va pas jeter des gens dans la rue. Nous allons d’abord faire des constructions, permettre aux gens de déménager, parce que si vous les faites déguerpir, vous donnez l’argent, mais que l’argent ne suffit pas pour faire une maison, évidemment vous les mettez dans la rue. 
    C’est pourquoi, la politique de déguerpissement va aller avec la politique de construction de nouveaux logements, afin de donner des demeures décentes. Vaut mieux être dans un appartement propre, loin, que d’être à Conakry dans un bidonville. » fin de citation

  5. La Coordination Nationale des Foulbhes et haalipoular de Guinee fustige les nombreux hauts-fonctionnaires de l’Etat qui auront brillé par leur          mutisme total durant cette tragédie tout en se gargarisant des mots de justice, de démocratie et d’unité nationale notamment le Ministre de la Ville, de l’urbanisme et de l’aménagement du Territoire, le ministre de la justice ainsi que celui de l’unité nationale et de la citoyenneté et  en particulier Mme la Ministre de l’action Sociale, de l’enfance et de la Solidarité pour avoir déclaré que toutes ces casses ne concernent que des baraques.

  6. La Coordination nationale saisit cette malheureuse  occasion pour condamner avec la dernière énergie tous ceux qui   se sont rendu complices de ces crimes imprescriptibles contre les citoyens guinéens et lance un appel pressant a Mr le président de la République   afin que :

    1. cette forme sauvage de déguerpissement puisse cesser définitivement en respectant  les dispositions légales en vigueur;
    2. les victimes soient traites avec plus de dignité et d’humanisme, indemnisés a la juste valeur de leurs investissements et recasés  dans des zones appropriées ;
    3. les élèves disloqués  de cette zone soient identifiés et réorientés dans des centres appropriés  grâce à la diligence des autorités scolaires afin de leur faire éviter une année blanche indépendamment de leurs volontés  ;
    4. salue vivement les actions des organisations dont l’INDHI,Pottal Fi Bhantal fouta djallon…. qui ont dénoncé ces atteintes aux droits de citoyens guinéens ;
    5. Recommande fortement une mobilisation générale de toutes les bonnes volontés pour une assistance morale, matérielle, financière voire judiciaire afin que les victimes sans distinction soient rétablies dans leurs droits légitimes, de respect de leur dignité, et de  leur humanisme.
    6. Remercie sincèrement tous ceux qui, de près ou de loin, ont eu à apporter leur soutien aux différentes victimes de ce désastre humanitaire.

7-Au vu de ce qui précède, la Coordination Nationale des Foulbhes et Haali Poular de Guinée  prend à témoin l’opinion publique Nationale, Régionale et internationale des agissements des autorités étatiques qui, loin de préserver la paix et la quiétude sociales, contribuent au contraire, à créer des foyers de tension qui pèsent lourdement sur un tissu social déjà fortement fragilisé.
La coordination Nationale des Foulbhes et Haali Poular de Guinée réitère son profond attachement aux principes républicains d’égalité et de fraternité et œuvrera toujours dans le sens de l’apaisement et de la préservation de la paix et de la concorde nationale.

Conakry, le 4 mars 2019

Le président, Doyen des Sages, Compagnon de l’indépendance

Elhadj Saikou Yaya BARRY

Chania